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Mehmet Çetin
le vent vent fâché traîne-moi avec ton sifflement hors de cet amour-là de ces gens traîne-moi jusqu’au fleuve amazone si tu veux mets-moi dans la forêt aux bords les plus distants dans la tribu de lune ajoute-moi aux cris de la grenouille aux yeux remplis d’eau et dans le bruissement de la forêt vierge traîne-moi à un crime à la une et tue-moi mène-moi à la vie du conteur et imagine-moi fais-moi grandir avec la terre à la senteur de pluie traîne-moi dans les champs du matin au visage de lys rends-moi la proie de mon frère indigène dont la flèche sort de l’arc dans mon ombre oublie l’eau endors aussi l’oiseau souhaite donc long voyage au voyageur du vent souhaite-lui l’automne qu’il ne se fane pas fâché avec le jaune de l’été vent fâché traîne-moi avec ton sifflement vent fâché traîne-moi avec ton sifflement hors de cet amour-là de ces gens traîne-moi fais-moi tomber derrière ma voix même si elle est voilée car chacun des bannis possède une chanson même s’ils bégayent traîne-moi vers mes mots vent fâché traîne-moi jusqu’à ton sifflement
mehmet e. bağış traduit du turc par Jean-Louis MATTEI
je suis désolé les balcons tout fleuris ont des femmes en peine je suis désolé du malheur ma chérie freesia toi à qui je ne peux pas le dire hortensia que je regarde tout en me taisant je suis désolé de vous déranger terre sur laquelle je fais porter mon ombre fleuve dans lequel goutte je me coule soleil auquel je réchauffe mon front eau que je bois m'étant penché dessus je suis désolé pierre que je me casse sur la tête électricité qui met en pièces mon corps bastonnade à qui je dédie mon cri soupir dont j'ai rendu mon cœur amoureux je suis désolé pour ma colère aiguisant un couteau pour m'être refermé sur moi-même comme un communiqué intérieurement ma chérie: tu es belle. assurément mais es-tu plus belle pour mon visage désolé pour la tristesse de mon visage d'enfant que tu désoles pour mon visage qui devient à chaque instant plus enfant dans ton visage je suis désolé cri que je pousse au matin après chaque cauchemar vieilles rues de péra qu'on a pillées est-ce parce que je vous ressemble ou est-ce parce que j'ai vu s'enfler le visage de l'enfant sniffer de colle que le policier a frappé coup sur coup et que je me suis tu je suis désolé les voilà c'étaient ces oiseaux ils ont volé ma chanson ils m'ont trompé et m'appellent sur leur branche mon cœur. je suis tombé dans leur embuscade comme des montagnards mon murmure toi qui te tais avant de devenir cri: je suis désolé je suis désolé: je n'ai pas tenu dans mon mensonge je ne m'y suis pas réfugié je suis désolé de m'être arrêté au beau milieu de mon meurtre d'avoir été pris de vertige à la vue du sang et de n'avoir pu rien emporter d'avoir déliré ton prénom à la serviette peut-être de n'avoir pas levé les bras ne fût-ce qu'un seul jour de ne pas avoir dansé en pliant les genoux et en parlant mieux je suis désolé de t'avoir dérangée ma chérie cette fois-ci pour t'avoir appelée trop tôt au petit déjeuner car les balcons sans fleurs ont des hommes en peine
mehmet e. bağış traduit du turc par Jean-Louis MATTEI
un cerf-volant la ficelle rompue je suis le peuple des longs voyages, voyez: c'est pour cela que je m'accroche au vent de l'apatrie c'est de là que mon amour vit à chaque fois dans un incendie et que kurde exilé à chacun de mes chants dans les monts j'avance partagé c'était jadis je ne connaissais pas l'amour je l'ai appris: voyez c'est pour cela que je me joins à chaque vol d'oiseaux en partance et que ma vie est devenue folle à l'appel de la révolution de l'amour à la réponse qui s'accordera à cet appel dans chaque cœur il y a fort longtemps j'ai brisé ma mort sur mon cœur, voyez: même si la peur tombe parfois dans mes eaux la lune pour cela de ses rayons embrassa la blessure de l'étoile du mont et naquit la chanson d'un peuple empoisonnée avec la fleur de la patience c'est là un feu brûlant dirent-ils: qu'il brûle encore, voyez: il y a plus de dix-sept ans j'ai gravi l'échafaud pour cela pour cela la nuit même si le sang s'infiltre des monts jusqu'en mon rêve à ce moment brûle le feu fond la neige et sort le perce-neige ma vie est le poignard d'un long voyage, voyez: c'est pourquoi je porte dans la bouche du cyanure c'est seulement pour cela qu'il y a cette fleur de rire dans mon cou en allant vers la mort car ma vie n'est plus qu'un cert-volant la ficelle rompue car ma vie n'est plus qu'un cerf-volant la ficelle rompue désormais
mehmet e. bağış traduit du turc par Jean-Louis MATTEI
le vent et le jardin d'éden non, ne dites pas nous n'avons pas vu ni entendu ni su surtout ce serait mentir car ils étaient à vous tous ces jours de mort à la une et le vent alors qu'il dispensait la mort à votre pays, cendres et sang alors que je mourais vous ne m'avez pas vu ni quand j'étais enterré sans personne cherchez-moi, la porte de la prison n'est pas un lieu qui vous soit inconnu que notre cœur ne soit pas une tombe qui a perdu son cadavre sanglant ceux qu'on a emmenés le canon sur la nuque à minuit n'étaient-ils point de notre rue n'étaient-ils point de votre ville nous, votre pays, n'avons-nous pas entendu tant de sang versé par tant de morts ce serait un mensonge ne dites pas nous n'avons pas vu ni entendu ni su surtout ce pays d'un bout à l'autre était tout septembre et tout vent c'était là votre mort à vous aussi, ce n'est plus vivre que cela s'il ne coule pas le fleuve est annulé et la vie n'a plus de dates "la vie qui ne voit pas qui ne parle pas et qui ne pense pas" est-ce qu'elle aime c'était vous et ce n'est pas là vous faire honte c'est seulement demander monde dont la cervelle s'est répandue sur le trottoir comment est morte cette âme pourquoi depuis bien des années un papillon ne s'est pas posé sur vos cheveux car il ne m'incombe pas de vous faire honte, il faut vous demander et puis racontez donc j'écoute et expliquez comment il peut être sauvé "le partisan* qu'à ce moment on passe par les armes" (...) un jour viendra où le vent changera et mon pays sera un vrai jardin d'éden lorsque, la rose au cœur, ceux qui écrivent l'histoire descendront des montagnes *nazim hikmet
mehmet e. bağış traduit du turc par Jean-Louis MATTEI
mon cœur était mon seul enfant une histoire bien triste est passée entre nous sous une branche cassée du rosier il vend maintenant des violons brisés c'était mon cœur tendez: comme si l'on touchait une glace sans tain tendez encore vos doigts monsieur voyez, c'était là la chambre d'amis ouverte. où parfois venait rester quelqu'un regardez, baissez-vous, certains l'ont vexée bien qu'ils l'eussent aimée nous avons parlé de mon cœur monsieur, une vraie résidence mais en ruines dans cette aventure se prolongeant sans cesse mes pieds sont arrivés de là tout en sang passez-moi l'expression s'il pleuvait je ne voyais plus mes pleurs je l'ai mérité. on est passé par moi. je ne me suis pas plaint je ne pouvais pas le secouer de mon col, monsieur: c'était mon cœur il ne lui restait plus aucun courage il était sans restrictions et peureux mais nous en avons parfois parlé tout comme d'un héros de mon cœur peureux, pourtant c'était lui-même qu'il fuyait. c'était un mensonge resté vieil enfant il a bien été blessé à coup sûr mon cœur était mon seul enfant on l'a rendu méchant monsieur c'était mon seul enfant mon cœur ni tout beau ni tout jeune désormais il s'est traîné lui-même aux histoires d'amour il s'en est inspiré: c'était un capricieux laissant parfois des corps derrière lui: un sans pitié tout plein d'agression parfois il faisait son lit à chaque cri: c'était mon cœur il vend maintenant des violons brisés sous une branche cassée du rosier c'était mon cœur offert à vos percussionnistes lors de vos amusements avant cette pauvre chanson dans sa vie antérieure il était chaud. il allait bien comme du jazz à chaque incendie mais dans la solitude de l'amour et de la tromperie sa chanson dispersée à tous vents, tant qu'elle était crue cendres sa chanson qui saignait, tant qu'elle n'était pas entendue dans les montagnes sa chanson qui saignait, tant qu'elle n'était pas entendue dans mes montagnes s'est tue la-bas monsieur et mon cœur n'est bien allé qu'à lui-même c'était mon cœur il est bien allé à son propre incendie c'était mon cœur: il vend maintenant des violons brisés pour les passages les plus poignants des chansons de séparation mon cœur était mon seul enfant on l'a rendu méchant oui monsieur
mehmet e. bağış traduit du turc par Jean-Louis MATTEI
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